
l'homme et ses frères
les
animaux,
d'aller
au'delà du rêflexe et dq bâtir, sur
l'observa-
tion, des
règles
de compodement
complexes
et utiles. Il
paraît qu'on
en n'est
pas
là. Pour
y pawenir,
ii manque une
faculté de base
aux réseaux neuronaux : être capables de
raisonner.
L'inteliigence
{voir
le dictionnaire), c'est la
faculté de comprendre. Comprendre,
c'est
(voir
toujours le dictionnaire) saisir
les rai-
sons.
Saisir les raisons, c'est raisonner.
Il n'y
a donc
de logiciels intelligents
que ceux au
moins capables
de raisonner. Prétendre son
logiciel
intelligeni alors
qu'il
est
incapable de
raisonner, c'est
tromper son monde.
-
L'intelligence artificielle :
une triste histoire
toujours actuelle ?
En matière de logiciels
dits
<intelligents>,
I'exemple le
plus
frappant de
l'abus de lan-
gage
est celui de
f intelligence artificielle.
Que
n'a1-on écrit et
re-écrit depuis 20 ans
sur ses
fantastiques réussites et sur l'intelii-
gence pénétrante qu'elle
allait donner
aux
ordinateurs
! Combien de millions de
francs
ou de dollars ies
grandes
entreprises
n'ont-
elles
pas
investi, notamment en
Frânce ei
aux Etats-Unis, dans cette technique
révo-
lutionnaire. Combien de bulletins
de victoi
re ont été
publiés
dans
la presse
sur
la mer-
veilleuse ef{icacité de
ces applications
capables toutes seules de diagnostiquer
les
maladies du sang
{Mycin,
le premier
sy$è-
me expert de l'histoire, 1971), de configurer
de
gros
systèmes informatiques, de contrô-
ler l'attribution de cartes de crédit, de dé'
tecter les cancers du sein, de dêterminer la
présence probable
de
pétrole
dans le sous'
sol, etc.
Hélas, non seulement il faut un budget de
milliardaire
pour
mener ces
projets.
mais
aussi
ils réclament un
énorme
volume de
travail,
représentant plusieurs
années'
hommes
fusqu'à
100 années-hommes
pour
Ie système expert Undenmriting Advisor). Il
est évident
que
c'est une effeur d'y mettre
autant
de temps et d'argent.
Le plus étonnanr. c'est que,
pour
écrire ces
systèmes experts éminemment
(irtelli-
gentsr,
il a fallu créer une race de sur"
hommes, les
<cogniticiens>,
les
seuls
à
pou-
voir s
y
retrouver dans
l
écriture el
Ia main-
tenance
de ces applications. Tout cela
pour
parvenir
â un logiciel identique
à
celui
qu'aurait obtenu la
programmation
clas'
sique I Ces
dantastiques réussites> se sont
révélées au
cours des années sans lende-
main. Sait-on
quel
nombre de systèmes
ex-
perts
réellement et couramment
utilisés
{pour
autre
chose
que
des démonstrations)
il
y
a en I99Z
et dans le monde ? Selon cer-
laines
études sur I'intelligence artificielle,
il
n'y aurait aujourd'hui
peut-être pas plus
de
100
<waisr
systèmes experts c0uramment
utilisés dans
ie monde
ivrais
: c'est-à-dire
dotés d'une
base de règles et d'un
moteur
d'inférence)...
Et
sur cette
centaine,
peut-
ètre dix au
maximum relèvent de
la vraie in-
telligence artificielle, avec
un moteur d'infé-
rence capable d'effectuer un raisonnement
!
Bilan : on
est
passé
de
l'enthousiasme
le
plus débridé au scepticisme
le plus
profond.
Au début des années 60, la mission
essen-
tielle de cette technique avait
pourtant
été
clairement
définie et tout le monde
y
adhé-
rait, chercheurs et médias compris
: elle de-
vait être capable
de résoudre des
problèmes
par le raisonnement, comme
l'être hu-
main
le fait. Dix ans
plus
tard, un raffine-
ment supplémentaire est apparu
dans le ca-
hier des charges, avec la notion de
connaissance et la définition, toujours va-
lable
en
1992, d'une nouvelle forme de logi'
ciel : le système erpert, censé
pouvoir
être
développé sans
compéLence informatique.
Aujourd'hui, un seul
Iogicbl
presque
<intelligentu
:
Ie
système expert
de deuxième
génération
Voici ce
que
contient le cours de tout étu-
diant en informatique
qui
aborde les tech-
niques de
l'intelligence
arti{icielle,
concer-
nant le système expert :
.
1 | un système
expeft
est un
logiciei com-
posé
d'un
nmoteur
d'inférencen et d'une
nbase
de connaissalceo
;
o
2 : la base de connaissance est un
fichier
tout à
fait classique
contenant,
dans le
désordre.
des règles de
çe
si.., o/ors...
qui
boncofique
ne 88
-
décembre
l9q2
expriment en langage courant
les connais-
sances
propres
â
rêsoudre une catégorie de
problèmes donnée
;
r
3 :
le moteur d'inférence est un
program-
me utilisant les techniques de
l'intelligence
artificielle.
Il
est
donc capable de raisonner
et de décider
par lui-même des
questions
à
poser
â son
interlocuteur humain, après
analyse
logique du
problème posé
et des
règles contenues dans la base de
connais-
sance.
Conirairement
à Ia base de connais-
sance,
ce
programme est définitivement
figé, i'expert
n'a pas à
y
toucher
pour
réali-
ser son système
expert.
Avec le système expert,
(progratnmen
de-
wait
donc se rêduire à
remplir un fichier.
Ce
concept
prévoit
tout simplement
de sup-
primer 90
9o
de la
programmalion classique.
laquelle impose au
programmeur la triste
tâche de
raisonner
par
lui-même,
pour pré-
voir,
puis rédiger dans un langage spécial,
la
totalité
des procédures destinées à
guider
Iordinateur
dans la
résolution
du
domaine
de
problème à traiter. Le
raisonnement du
moteur
d'inférence doit rendre
inutiles cette
prévision et cette rédaction.
Mais,
atten'
tion
I Il
y
a des domaines où le
raisonne-
ment demeure inefficace, donc le système
expeft
également. Les algorithmes demeu-
rent rois
pour
les calculs, la
ge$ion
de
fi-
chier
{c'est
pourquoi
le moteur d'inférence
est lui-même
programmé
classiquement) et
pow
tout ce
qui
est création
humaine pure :
représentations
graphique
et musicale,
par
exemple.
Aux Etats-Unis, ia bruyante
patrie
de
l'intel"
ligence artificielle, celle
qui
a invenié ce mot
en 1951 eL a compté
-
et compLe
toujours
-
des sociétés
imporlânies
dans
ce
domaine.
aucun des
logrciels
se
réclamant de
cette
technique
n'est doté à ce
jour
et à notre
connaissance
de la moindre capacité de rai-
sonnement
!
Voilà
donc la triste histoire de I'intelligence
artificielle. Depuis six ans maintenant, des
logiciels
quasiment
uintelligents>
continuent
à coexister en
France
avec
leurs
ancêtres
suwivants de l'ère
précédente, sans
que
personne
semble
s'en apercevoir, et surtout
sans
que
les seconds fassent mine de vouloir
évoluer, ni ne mettent
la pêdale
douce sur
leurs abus de iangage.